Ai Weiwei ou la réponse artistique à la crise des réfugiés

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Ai Weiwei ou la réponse artistique à la crise des réfugiés

Le 16 mars 2017 se tenait dans la Galerie Nationale de Prague la plus grande installation de l’artiste contemporain chinois controversé Ai Weiwei.

   Un canot pneumatique noir de 70 mètres de long, flottant sur une mer invisible. A son bord, 258 réfugiés sans visages, plus grands que nature. Une boule de cristal est posée au sol sur des gilets de sauvetage. Elle reflète la chaloupe, questionnant le futur incertain de ces hommes, femmes et enfants gonflables. L’installation fait partie de la nouvelle exposition de l’artiste chinois Ai Weiwei inaugurée le 16 mars dernier dans la Galerie Nationale de Prague. Cette œuvre s’intitule La loi du voyage.

Via culturebox

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"There’s no refugee crisis, but only a human crisis…In dealing with refugees we’ve lost our very basic values»
Via unrated

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Photo via SBS

Peut-être fait-il référence à la loi injuste décidant aléatoirement de la vie, de la mort de milliers de réfugiés tentant d’échapper à la guerre. La loi qui ne les protège pas, témoignant du déni des politiques concernant leur situation. La loi de certains pays européens, qu’ils doivent contourner à leurs risques et périls pour atteindre enfin une lueur de paix, un instant de repos. Sous cette masse noire, comparable à un nuage menaçant avant un orage, les visiteurs peuvent lire au sol «The tragedy of the modern man is not that he knows less and less about the meaning of his own life, but that it bothers him less and less». (La tragédie de l’homme moderne n’est pas qu’il connaît de moins en moins le sens de sa propre vie, mais que cela l’importune de moins en moins). Ces mots ont été prononcés par Vaclav Havel, une figure historique du mouvement socialiste tchèque.

Dans l’exposition, l’indifférence de ces vies brisées, de ces voyageurs sans visage est sans cesse rappelée. Ainsi, on mesure la force du message, mais il devient encore plus poignant lorsqu’on apprend l’ancienne utilisation de la salle du National Gallery de Prague où se trouve l’exposition. The Fair Trade n’est d’autre que l’endroit où les juifs étaient rassemblés entre 1939 à 1941 avant leur déportation au camp de Terezin. Le parallèle est glaçant, mais il est approprié. Il ajoute dans une interview avec l’AFP: «c’est à la fois une tragédie et un crime».

Ai Weiwei, artiste de la scène artistique indépendante chinoise est à la fois peintre, architecte, commissaire d’exposition, sculpteur, performeur et blogueur. Activiste de longue date, il s’est positionné dans plusieurs de ses oeuvres contre l’injustice et la censure dans son pays. Il est alors arrêté par le régime chinois en juin 2011, enfermé dans des conditions déplorables. Suscitant l’indignation à travers le monde, il sera relâché 2 mois plus tard. Son passeport enfin récupéré, il s’envole pour Berlin où il vit dorénavant avec sa famille. Après une lutte créative et acharnée contre la politique autoritaire chinoise, il s’attaque aujourd’hui aux injustices mondiales.

    Forcé d’exil, il comprend personnellement les réfugiés et n’hésite pas à se comparer, il déclare dans une interview de l’AFP: «J’étais en Chine mais maintenant, je suis quasiment forcé de quitter la Chine. On m’a mis dans le même genre de situation et il est très possible que ça m’arrive une nouvelle fois. C’est la réalité».

via Inhabitat

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via CBC

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« Il n’est jamais plein, il n’y a que votre coeur qui est plein »

  Aujourd'hui, il est investi dans la cause des réfugiés et il use de sa notoriété pour faire réagir la communauté internationale à travers des oeuvres provocantes, à la hauteur de l’horreur de la situation. En recréant la photo de l’enfant syrien Aylan Kurdi, noyé en septembre sur une plage turque, il s’empare de ce cliché devenu morbidement célèbre cinq mois plus tard pour interroger les politiques, les institutions sur des promesses qui n’ont pas été tenues. En février 2016, durant la 66e édition de la Berlinale, célèbre festival de cinéma allemand, l’artiste habille les colonnes néo-classique du Konzerthaus. Près de 14 000 gilets de sauvetages récupérés par les autorités grecques au large des îles où transitent la majorité des réfugiés y sont exposés pour attiser la mauvaise conscience de l’Ouest. Pendant des mois, Ai Weiwei et son équipe ont sillonné 22 pays, allant de la frontière américano-mexicaine au Bangladesh, afin de visiter les camps de réfugiés grecs pleins à craquer pour réaliser un documentaire au plus près de la réalité. Human Flow sortira l’été prochain.

  Les bateaux continueront à se remplir, comme depuis des années. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR), en 2015, le seuil de 60 millions de réfugiés dans le monde a été atteint. Ce nombre équivaut à la population française. Il correspond à tous les réfugiés ou demandeurs d’asiles, y compris les  déplacés dans leur propre pays. C’est aussi par l’art que passe la conscientisation de ces situations qui nous paraissent si éloignées de notre quotidien. L’artiste chinois fait appel à notre indignation, notre solidarité pour nous aider à ne pas oublier ces personnes déracinées du jour au lendemain. Ai Weiwei documente de façon frénétique les conditions de vie des réfugiés sur sa page Instagram. Il mettra des visages sur des chiffres, des corps dans ces gilets de sauvetage, des paysages sur des noms de villes inconnues. Tout cela au milieu de votre fil d’actualité, rempli de vêtements, de plages paradisiaques, de Kardashians ou d’abdominaux saillants. Et vous fera réfléchir.

 


Écrit par: Sarah Sansac

 

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