Les fermes urbaines - l'avenir de l'Humanité?

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Photo par Marine Noel

Photo par Marine Noel

Les fermes urbaines : l’avenir de l’Humanité?

Alors que la situation de l’emploi s’améliore dans certains pays et notamment au Canada, les données montrent que cette amélioration s’effectue au profit d’emplois à temps partiel. Oui, il y a plus de gens sur le marché de l’emploi, mais celui-ci se précarise et les semaines se raccourcissent. Des emplois stables, à temps plein, avec fonds de pension et sécurité sociale ont fait place à des emplois à temps partiel et précaires.

De plus, une récente étude de l’Université Oxford suggère que 47% des emplois pourront être automatisés dans les deux prochaines décennies aux Etats-Unis. Certes, certains de ces emplois routiniers seront remplacés par des emplois nécessitant plus de créativité mais alors que les révolutions industrielles passées s’étalaient sur plusieurs décennies, laissant le marché de l’emploi s’adapter graduellement, celle que nous vivons actuellement s’effectue à un rythme effréné. Sans s’attarder sur le phénomène, il est certain que la robotisation aura un impact majeur sur le monde.

Les économistes s’inquiètent également de la polarisation des emplois. Pour faire simple, les emplois de la classe moyenne disparaissent au profit des robots, ceux qui les créent et les alimentent en logiciel gagnent des salaires toujours en hausse, mais ceux qui sont remplacés connaissent une baisse importante de leur niveau de vie.

Parallèlement, il va sans dire que les changements climatiques sont le plus grand défi de notre ère. L’alimentation (production, emballages, engrais, transport, etc.) représente le tiers de l’émission totale de gaz à effet de serre.  De plus, l’émission dans l’air de particules d’ammoniac issues de l’utilisation d’engrais et des déchets animaux dépasse tout autre forme de pollution atmosphérique. L’Organisation mondiale de la santé estime que 7 millions de personnes sont mortes en 2012 en raison de l’a pollution atmosphérique.

Bref, l’Humanité fait face à deux grands problèmes : des changements climatiques qui affectent tant notre planète que notre santé et un bouleversement du marché de l’emploi.

La réappropriation de la production alimentaire permettrait de remédier de façon significative à ces deux problèmes. En effet, l’automatisation ainsi que l’augmentation des emplois à temps partiels feront en sorte qu’une bonne partie des travailleurs connaîtront une baisse de revenus, mais auront de plus en plus de temps libre. Ce temps pourrait être alloué à la production personnelle de nourriture.

Détroit, ancien fleuron de l’industrie automobile a vu sa population passer de 1.85 million d’habitants en 1950 à 675 000 aujourd’hui. Les habitants ont évacué la ville laissant derrière eux 100 kilomètres carrés d’espaces inoccupés et une ville en situation financière extrêmement difficile. Un taux de chômage élevé combiné à une population très pauvre ont incité les habitants à se réapproprier la production alimentaire.

Il y a aujourd’hui 1600 fermes urbaines à Détroit, notamment grâce au travail extraordinaire de Keep Growing Detroit avec un réseau de 1400 fermes urbaines et plus de 20 000 bénévoles qui produisent annuellement 200 tonnes de fruits et légumes. L’objectif du mouvement est de nourrir la moitié de la population.

L’agriculture urbaine permet de pallier deux problèmes : nourrir des familles qui sont dans le besoin tout en réduisant l’impact écologique du transport agricole. Un aliment consommé aux États-Unis parcourt en moyenne 2 400 km pour se rendre aux assiettes tandis que les fermes urbaines produisent là où est la demande.

Certes, l’essor sans précédent de l’agriculture urbaine à Détroit est le résultat particulier d’une population avec du temps en raison du taux de chômage élevé, combiné à de grands espaces vacants. On peut se demander si ce phénomène peut se reproduire dans des villes en pleine croissance économique disposant d’espaces limités…

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Les espaces propices à l’agriculture urbaine sont bien plus nombreux qu’on le pense : la quasi-totalité des toits de villes comme Montréal sont inoccupés, laissant place à l’initiative de citoyens et de groupes communautaires désireux d’habiter l’espace et de devenir autonomes sur le plan alimentaire. Il n’y a aujourd’hui que 136 hectares d’initiatives d’agriculture urbaines à Montréal.

Avec la baisse drastique des coûts de production d’électricité solaire, ces fermes urbaines pourront être autonomes d’ici peu et devenir rentables. Des entreprises comme Les fermes Lufa qui construisent de grandes serres sur les toits de Montréal montrent que c’est possible.

Les fermes urbaines ne vont pas régler tous les maux de notre génération, mais elles feront très certainement partie du cocktail de solutions pour faire face aux changements climatiques et au bouleversement du marché de l’emploi.

 


Écrit par: Louis Lespérance

Photo par: Marine Noel

 

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