Exporter le pétrole canadien à tout prix

Dans notre précédent article, vous avez pu découvrir ce qu’était la transition énergétique. Sortir de notre énorme dépendance aux énergies fossiles pour aller vers un mode de fonctionnement basé sur les énergies renouvelables. Cependant cette transition à un coût et selon le gouvernement canadien les différents projets d’oléoducs visant à exporter le pétrole canadien pourraient en partie la financer. Grosse contestation du côté  des écologistes, appui des conservateurs, pour vous aider à y voir plus clair Sans Titre c’est posé la question suivante :Outre les apports économiques liés à l’exportation de pétrole quels sont les éléments à prendre en compte dans le débat entourant les projets de pipelines ?

Exporter le pétrole canadien à tout prix


En fin novembre 2016, les manifestations contre le projet d’oléoduc Dakota Access atteignaient leur point culminant à Standing Rock dans le Dakota du Nord. Pendant ce temps au Canada, Justin Trudeau rejetait officiellement les plans pour l’important projet Northern Gateway d’Enbridge. Aujourd’hui, Dakota Access est officiellement mis en branle tandis que les manifestations continuent silencieusement à Standing Rock. Du côté canadien, malgré la réticence manifeste du gouvernement à donner le feu vert au projet Northern Gateway, on prévoit la fin des travaux sur l’oléoduc Énergie Est en 2020 et d’ailleurs, le projet Keystone XL détient déjà la bénédiction du premier ministre Trudeau et de son gouvernement.

Personne ne serait surpris d’apprendre que le principal motif des opposants aux divers projets d’oléoducs mentionnés ci-haut est la protection de l’environnement. Selon le climatologue James Hansen, le projet Keystone XL est «un pas dans la mauvaise direction» et l’ex-président américain Barack Obama fut du même avis lorsqu’il rejeta initialement le projet en 2015. Ce fut également le motif invoqué par Trudeau lorsqu’il rejeta les plans de l’oléoduc Northern Gateway et même celui du maire de Montréal, Denis Coderre, lorsqu’il manifesta son opposition au projet Énergie Est.  En effet, Keystone XL et Énergie Est sont des projets du géant TransCanada Pipelines qui ont pour but d’acheminer du pétrole brut provenant des sables bitumineux d’Alberta vers les raffineries du golfe du Mexique et des Maritimes respectivement. Il faut d’ailleurs savoir que le pétrole provenant de sables bitumineux est beaucoup plus nocif pour l’environnement que le pétrole provenant de forage conventionnel puisque son extraction requiert presque autant d’énergie que ce que le pétrole extrait peut en produire.

Mise à part l’émission à outrance de gaz à effets serre qu’ils engendrent, les oléoducs peuvent avoir des fuites qui posent un risque important aux écosystèmes qu’ils traversent. On parle notamment, dans le cas du projet Keystone XL, du risque que ce dernier poserait à l’Aquifère Ogallala qui fournit l’eau potable à deux millions d’américains et qui supporte nombre d’écosystèmes. Selon les estimations de TransCanada, il y aurait au plus 11 fuites importantes dans les 50 prochaines années sur l’oléoduc Keystone XL, mais selon le professeur John Stanbury de l’Université du Nebraska, une estimation plus réaliste serait de 91 fuites durant la vie opérationnelle de l’oléoduc. Il s’agit logiquement d’un risque inhérent à tout oléoducs et en cas de fuite, à moins d’une intervention rapide, la pollution est quasi-permanente et les dommages sont quasi-irréparables.

Bien qu’amplement médiatisés, les enjeux environnementaux sous-jacents à la construction et à l’opération d’oléoducs ne sont pas les uniques motifs de leurs opposants. Les projets d’oléoducs comportent également des enjeux politiques, voir géopolitiques. Comme c’est le cas dans le cadre particulier des manifestations à Standing Rock, les oléoducs empiètent bien souvent sur des terres autochtones. Il s’agit en effet d’un problème politique dans la mesure où les chefs d’états nord-américains rejettent des projets d’oléoducs en n’invoquant que des motifs reliés à la protection de l’environnement en faisant fi des droits autochtones. Ce problème devient ensuite d’envergure géopolitique lorsqu’on considère que les projets de TransCanada favorisent l’exportation du pétrole canadien en dépit du pétrole provenant de pays vulnérables qui basent presque entièrement leur économie sur l’exportation de pétrole, tel que le Venezuela qui croule sous le poids de la famine.

Encore une fois, personne ne serait surpris d’apprendre que le gouvernement nouvellement élu de Donald Trump est en faveur du développement de projets d’oléoducs. De plus, il n’est pas plus surprenant d’apprendre que de tels projets peuvent compter sur l’appui des gouvernements américains et canadiens, malgré les enjeux et les risques mentionnés précédemment, pour des raisons économiques. Néanmoins, ces répercussions positives envisagées au plan économique sont à prendre avec un grain de sel. Par exemple, TransCanada estime créer 20 000 emplois grâce à l’oléoduc Keystone XL tandis que le Département d’État des États-Unis estimait plutôt, dans le cadre d’une étude en 2013, la création d’environ 4000 emplois directs lors de la construction de l’oléoduc et de seulement 35 emplois permanents par la suite. De plus, les projets Énergie Est et Keystone XL, lorsqu’opérationnels, contribueraient à augmenter le volume d’exportations du pétrole canadien, augmentant conséquemment la valeur du Petrodollar qu’est le dollar canadien par rapport au dollar américain, ce qui résulte habituellement en pertes d’emplois massives dans les secteurs industriels et manufacturiers au pays.

Cela étant dit, le réel avantage des oléoducs est que leur utilisation est moins risquée que les autres modes de transport terrestre du pétrole comme le camionnage et le système ferroviaire, comme en témoigne le décès de 47 personnes à Lac-Mégantic lors du déraillement de wagons de train contenant du pétrole. Encore faut-il se demander si le simple fait de réduire le risque est suffisant. L’exploitation des sables bitumineux est un fleuron de l’économie canadienne pour le meilleur et pour le pire, mais ne serait-il pas temps de complètement éliminer les risques liés aux combustibles fossiles en investissant dans l’énergie renouvelable une fois pour toutes?


Écrit par: Loïc Philibert

Photo par: Baptise de Ville D'Avray