Téléréalité ou élection présidentielle?

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Téléréalité ou élection présidentielle?

11 candidats, 5 ont droit à la parole, tous ont un secret. Voici le tout nouveau concept d’élection présidentielle. Si les élections américaines vous ont diverti, vous aimerez aussi la version française ! Secrets, trahisons, rebondissements et accusations sont au rendez-vous dans ce nouvel épisode.

Jouer la comédie pour mieux régner

Le synopsis de cette super-production à la française est simple. Onze acteurs sont parachutés au milieu d’une élection présidentielle. Le concept : chaque candidat a un secret. Les autres doivent le trouver. Pour gagner, rien de mieux qu’anéantir la concurrence. Tout au long du film, le spectateur (autrefois appelé « électeur ») sera en attente d’une proposition concrète. En attente de choisir son candidat favori. En vain !

L’intrigue ne tourne pas autour des programmes ou du fond. C’est bien la forme de cette élection qui dérange et nous garde en haleine. Et pour la première fois dans un scénario non fictif, peu importe le dénouement ou la surprise finale, le spectateur sera déçu. Il criera au complot, à l’injustice, à la malhonnêteté. Malgré tout, il restera captivé.

Ces petites intrigues de téléréalité divertissent et donnent du croustillant à une élection autrement insipide. Pour un scénario réussi, trois ingrédients sont nécessaires : scandales, anecdotes croustillantes et multiples rebondissements. L’affaire de M. Fillon a tenu en haleine la France entière, des semaines durant. Le débat sur les emplois fictifs, tous bords politiques confondus, a scandalisé. Les déclarations de patrimoine ont fait jaser. L’hologramme de M. Mélenchon a amusé. L’imprévisibilité des sondages a surpris. Hier c’était les frontières qu’on devait fermer. Aujourd’hui on doit les rouvrir en masse. Demain le retour du communisme ? À quand la monarchie ?

Le réalisateur d’une pareille intrigue fait ici valoir tout son génie. Mêlant l’inattendu au spectaculaire, il se révèle fin maître de la manipulation. Pendant que le peuple est au spectacle, il en profite pour entrer au conseil constitutionnel et subtiliser la démocratie. C’est certes du réchauffé au cinéma. Mais pour la première fois ce braquage n’est pas fictif. Et le peuple n’intervient pas. Les politiques non plus. Paraît-il que la distraction soit dans notre intérêt.

Le fond du problème n’est pas tout jeune. La démocratie a mainte fois été décevante, manipulée ou volée. Mais ici le volé aide le voleur à voler. C’est du grand art. Deux raisons à cela : la déception face à cette mascarade et la comédie médiatique.

La déception conduit à l’impuissance

Déçu de quoi ? De voir toujours les mêmes têtes. De voir de magnifiques programmes ficelés dans le mensonge. De voir tant de politiciens indifférents. À force, on se demande si tout ceci n’est pas une mascarade, si le réalisateur ne se joue pas de nous.

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Aujourd’hui on est bien loin de cette vision utopique du politicien charismatique se donnant corps et âme pour défendre l’intérêt commun, la nation, l’État. Aujourd’hui on assiste à multitude de politiciens, tous azimuts, ayant oublié la raison d’être de leur statut. Ou du moins s’en rappelant à l’approche des élections. C’est alors que durant une année ils vont lutter sans merci pour rappeler combien ils sont là pour le peuple. Ils vont se jeter dans l’arène médiatique et tenter de faire oublier leurs casseroles tout en achevant leurs concurrents. Puis une fois élus ils retourneront à leurs petites affaires. Et de temps à autres, simuleront de porter la voix du peuple en défendant un projet de loi… Sous les projecteurs, évidemment !

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Les batailles qu’ils choisissent sont celles qui feront avancer leur carrière. Car ne l’oublions pas, ils ne sont pas là pour nous représenter. Ils sont bien là pour leur propre intérêt. Sinon à quoi bon faire de la politique ? C’est peut-être mieux qu’affronter la réalité du monde du travail ?

Car sortis des mêmes formations, le politicien rejoindra un bord politique en fonction des opportunités qu’il lui offrira. Il vivra alors le reste de sa carrière en marge du monde de l’entreprise, choyé par l’état, et n’ayant plus d’autre choix qu’assurer la pérennité de son emploi. Dès lors il oubliera ses convictions et ne prendra ses décisions que dans le but de garder sa place.

C’est ainsi que son intérêt n’est plus l’intérêt commun. 30 ans de carrière en politique, et le voilà propulsé au milieu d’une élection présidentielle. Les voilà tous propulsés !

Tous n’ont peut-être pas suivi le même chemin. Certains ont choisi les coulisses pour monter sur scène. D’autres, à la manière des spectacles de magie truqués, ont été miraculeusement sélectionnés dans le public. Les voilà tous sur scène. Tous différents. Tous jouant à merveille la comédie. Tous laissant miroiter cette idée de démocratie. Tous sachant qu’il faut abandonner l’idéal démocratique pour être sous le feu des projecteurs. À force de déceptions, les spectateurs n’ont d’autre choix que de se résigner à savourer le film qui va se jouer sous leurs yeux

Une presse libre. Libre de son script ?

L’autre facette de la supercherie est entre les mains des médias. Là pour informer, pour remettre le pouvoir de la connaissance entre les mains du peuple, ils se sont détournés de leur chemin.  Allumez-votre télévision. Regardez n’importe quelle chaine d’information. Qu’en pensez-vous ? N’avez-vous pas la sensation d’un bourrage de crâne excessif ? N’avez-vous pas le sentiment que seule une partie de l’information est exposée ? Pourquoi donc chaque média arrange-t-il l’information à sa sauce ?

Aujourd’hui c’est devenu un fait : l'indépendance médiatique est un mirage. Tout comme nous avons perdu la neutralité, la droiture nous abandonne à son tour.

Vous l’aurez remarqué, le présentateur revêt lui aussi un costume. Le costume de son média. Au sens propre comme figuré, le code vestimentaire va au-delà de l’habit. Il transcende l’objectivité et oriente l’information. À la manière d’un vendeur d’autos usagées, il vantera son candidat favori, diffamera la concurrence et mentira par omission. Bien sûr ce sera plus subtil. N’oublions pas que ce sont des spécialistes.

Les médias orientent et désinforment grâce au battage médiatique. Ils nous rappellent ô combien untel est le nouveau Kennedy et résoudra tous les problèmes de nos vies. Combien son programme est réalisable et sauvera la France.

Chaque média son favori. Et ça saute aux yeux.

Économistes, influenceurs et analystes sont invités à chaque émission. Évidemment qu’ils seront élogieux face au poulain du média et polémique face aux concurrents. Quand ça vient d’un spécialiste, ça doit être vrai, non ?

Là est le subterfuge. On n’invite pas un « consultant » pour qu’il présente en toute objectivité la pure beauté d’une information neutre. Ce n’est pas son rôle. Et quand on va trop loin. Quand c’est trop flagrant qu’on tente de substituer la manipulation à la démocratie, que fait-on ? On rectifie juste le tir en espérant que les spectateurs oublient le scandale. Prenez l’exemple du coup de gueule de M. Dupont-Aignan. Scandalisé par le vol de son droit de parole il a quitté en direct le plateau de la chaine nationale. Suite à ça, les 11 candidats ont pour la première fois été invités à débattre. Non pas 5 comme il l’était prévu.

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Ouf… Presque pris la main dans le sac, les médias ont sauvé leur honneur, mais ont dépouillé la phrase d’accroche de mon article. Ils ont vite fait oublier au peuple leur tentative de vol de la démocratie. En même temps c’est facile quand on contrôle l’information à propager ! C’est ainsi que le public se fait influencer sans même s’en rendre compte. La faute à qui ?

Ne blâmons pas les médias. Il est légitime qu’ils usent de leur pouvoir pour atteindre leurs fins. C’est le système qui le veut. Nous sommes tous biaisés. Pourquoi les médias n’auraient-il pas de droit de l’être aussi ? Parce que l’enjeu est trop délicat ? Ne blâmons pas l’auditoire non plus. Si nous nous laissons influencer, n’est pas parce qu’on le veut bien ?

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Peut-on guérir un système vicié ?

Alors au fond, ce système de mascarade politique et d’influences médiatiques, ne contribue-t-il pas à la durabilité du système ? N’est-ce pas la situation par défaut que chacun tente de décupler son pouvoir ?

Il n’empêche qu’on puisse toujours rêver à un retour à la démocratie originelle. Que faire pour rendre le pouvoir aux citoyens ?

Diminuer l’influence des médias semblerait idéal. Oui mais non. C’est juste irréaliste.

Sans personne à influencer, comment pourraient-ils être influents ?

La solution réside dans l’esprit critique de l’auditoire. S’ils ne buvaient pas les paroles des journalistes, peut-être que ceux-ci n’useraient pas de leur pouvoir pour manipuler l’information.

Il est cependant plus aisé de remédier à l’élitisme politique et de recréer cet ascenseur social dont notre république est si fière.

Demandez-vous où sont les nouveaux venus en politique ? Où sont les véritables outsiders ?

Attirer des candidats véritablement sortis de toutes les castes de la société donnerait un nouveau souffle à la classe politique. Comment faire avec des politiciens ne cédant leur place que pour cause de maladie, sénilité ou décès ?

Et si on les forçait à se retirer de la vie politique après un certain temps ?

Prenons l’armée par exemple. Nous ne nierons l’importance capitale d’une armée de métier. Des amateurs ne peuvent maintenir le pouvoir militaire d’une nation.

Mais des dérives existent bel et bien. Pour maintenir leur place, les généraux en temps de paix, peuvent être tentés de se trouver de petites guerres. Manœuvres politiques sont alors de rigueur ! Et bien sûr l’intérêt national n’est convenablement défendu.

Il en va de même pour les politiciens.

Peut-on réellement défendre le peuple quand on a intérêt à ne pas défendre l’intérêt commun ?

Et oui, combien de politiciens basent leurs décisions sur leurs objectifs personnels plutôt que sur ceux de la nation ?

Quand on ne vit plus que pour la politique, on devient un politicien, non plus un défenseur de la nation. Il est tout à fait possible de se former dans le monde des affaires et de faire un très bon président. Tout comme un professeur, un artiste ou un militaire peut gouverner. Doit-on nécessairement sortir des rouages de la politique pour présider la France ?

Une chose est certaine, dans l’état actuel, la démocratie est volée. Il est désormais temps de la rendre au peuple et de revoir le rôle des politiciens. Car une fois encore, ce n’est pas le fond des programme le problème, c’est la forme de cette élection qui est une mascarade digne des plus beaux scénarios hollywoodiens.

Si vous vous demandiez qui en est le réalisateur. Ce n’est rien ni personne. Seul le système réalise ce film. Il s’auto suffit et n’a plus besoin de personne pour en tirer les ficelles. La société dans son ensemble, par son silence acquiesce.

Mais avant que tout ne devienne incontrôlable, il serait peut-être bon de changer de réalisateur, non ?


Écrit par: Norman Bloch

Photos via: http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/presidentielle-2017/20170404.OBS7531/en-images-les-affiches-des-11-candidats-a-la-presidentielle-2017.html