Venezuela

Crise au Venezuela


Photo: Alejandro Cegarra

Écrit par: Loïc Philibert

Photo: Alejandro Cegarra

Écrit par: Loïc Philibert

La diète Maduro

Depuis 2014 font rage des manifestations violentes à Caracas tandis que peu nombreux sont les vénézuéliens qui ont de quoi se nourrir. Une crise économique féroce s’est lentement développée au pays comme un cancer pendant que Hugo Chavez, le président et ex-révolutionnaire socialiste, mourrait du siens. Son dauphin, Nicolas Maduro, l’a depuis remplacé à la barre du Titanic. Rien n’y change ; le taux d’inflation astronomique (au dessus de 50% et surclassé que par la Syrie qui est en guerre) ainsi que les mesures de régulation des prix des vivres du gouvernement Chavez ont causé une pénurie des aliments et produits de base dans le pays. Aujourd’hui, en 2016, le Venezuela arrive près de l’épuisement total.

 « Seulement un œuf, sans plus », explique Paula Giraud, journaliste résidente du Venezuela, en parlant de sa diète quotidienne qu’elle doit d’ailleurs partager avec son chien. La famine est une réalité pour les vénézuéliens et elle est accompagnée, comme d’habitude, de crime, de corruption, de violence et de graves problèmes au niveau des services aux citoyens.

En 2002, Chavez a instauré une politique nationale de règlementation des prix des vivres de base comme les œufs, la farine, le pain, le papier de toilette et ainsi de suite. Ces produits étaient vendus à bas prix dans des magasins opérés par l’État et le gouvernement vénézuélien a jugé bon de ne pas augmenter outre mesure le prix des vivres malgré la crise économique qui sévis toujours au pays. Cependant, le prix du pétrole qui constitue la quasi totalité des exportations du Venezuela chute. Comble de l’ingérence – comme quoi on n’apprend que difficilement des erreurs du passé – le gouvernement s’est mis à imprimer en masse leurs bolivars fuertes, devise du Venezuela. 10 bolivars pour 1$ US, voilà le taux de change officiel, mais sur le marché noir vénézuélien, ce dernier se trouve plus près de 1000 bolivars pour 1$ US.

Résultat, plus personne n’a les moyens de faire leurs courses dans les magasins privés et les magasins de l’État s’en retrouvent saturés de consommateurs affamés et désespérés. Les files d’attentes à leurs portes prennent parfois 10 heures à traverser de bout à bout. Découragés, plusieurs rentrent chez eux avec leur ration et d’autres rentrent les mains vides une fois le magasin épuisé de ses stocks.  Cette situation implique également une dévaluation dramatique de la valeur des salaires. Il est désormais plus profitable pour plusieurs de revendre les produits sanctionnés par l’État à prix fort sur le marché noir et même d’aller jusqu’à les exporter clandestinement à l’extérieur du pays.

Encore plus frustrant, le gouvernement du Venezuela participerait également à l’exportation des produits inaccessibles à leurs citoyens notamment au El Salvador où du papier de toilette et du riz vénézuéliens avaient été trouvés en magasin. Les emprunts excessifs à l’international des gouvernements récents au Venezuela ont engendré des dettes que le pays ne peut plus soutenir et ont vidés les coffres de l’État qui choisit d’affamer ses citoyens pour éviter une faillite nationale. Paula Giraud ajoute que le gouvernement Maduro corrompt également les citoyens et les manipule en leur écoulant les produits de base si prisés en retour de leur appui et que pendant ce temps, « les pénuries et la corruption s’accroissent ».

Les vénézuéliens ne restent pas silencieux dans ce fouillis. Des manifestations durent depuis des années partout au pays, les tensions persistent et la violence est une réalité. Depuis 2014, des manifestants ont attaqués des membres de l’État et ont eu recours au feu ; molotovs et barricades enflammés. Les forces de l’ordre ont répondus avec sévérité. Emprisonnement des manifestants, duels dans les rues et même usage d’armes à feu et de gaz lacrymogène selon Amnistie Internationale. Dans un scénario digne de la série télévisée Narcos, le gouvernement de Maduro a longtemps appuyé les colectivos, groupe armé de militants qui ciblait les manifestants et les activistes vénézuéliens qui s’opposaient au gouvernement. Comme Narcos, sauf que cette fois-ci, le peuple vénézuélien joue le rôle de Pablo Escobar.

Les produits de base ne sont pas la seule chose sanctionnée par l’État au Venezuela. Comme chez nous au Canada, les ressources des hôpitaux et autres services de santé sont en majeure partie dépendantes du gouvernement et de son financement. La pénurie s’étend malheureusement également aux services de santé vénézuéliens. « On voit maintenant [au Venezuela] une réelle implosion où les gens n’arrivent pas à obtenir des soins de base. », selon Rafael Perez Escamilla de l’Université Yale qui a déjà travaillé au Venezuela.

Pour plusieurs, la situation devient insupportable et elle semble d’ailleurs irréelle. Certains citoyens prennent même des vols jusqu’aux États-Unis pour se ravitailler s’ils ont la chance de pouvoir se payer le billet, voir même rentrer aux USA. La situation se détériore et est enracinée profondément dans la réalité politique économique et sociale au Venezuela. David Smilde du Washington Office on Latin America dresse un portrait assez percutant : « [La crise vénézuélienne] est un résultat prédictible de politiques économiques qui ont échoué. », ajoutant que « L’Engagement international est le seul moyen d’éviter une issue catastrophique au Venezuela. »